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III. LA VISION BINOCULAIRE ARTIFICIELLE DANS LES STÉRÉOGRAMMES « NORMAUX »
Lorsque nous examinons en stéréoscopie un couple de photographies aériennes, nous
pratiquons la vision binoculaire artificielle qui bien qu'ayant de grandes analogies avec la
vision binoculaire naturelle en diffère sur plusieurs points.
En règle générale, les interprétateurs ne disposent que de tirages par contact sur
papier des clichés originaux, Ils n'ont la possibilité que de placer les deux photographies
de chaque couple côte à côte sur un même plan ; ces conditions d'observation entrafnent des
conséquences importantes, tant du côté du matériel d'observation que du côté des condi-
tions de prise de vues.
Le " redressement ‘' préalable, avec ou sans modification de l'échelle ne saurait être
qu'une solution exceptionnelle, étant donné le grand nombre de photographies à examiner et
la rapidité exigée dans le travail.
On est donc amené à étudier tout d'abord le cas où l'on dispose de couples normaux
nous désignons sous ce vocable des couples dans lesquels les axes optiques des chambres
de prise de vues sont parallèles entre eux et perpendiculaires à la base (1). Ces conditions
sont nécessaires pour qu'il y ait vision stéréoscopique correcte, Si on juxtapose sur un
même plan deux photographies d'un couple normal en mettant les lignes de nadirs en pro-
longement, si on présente la photographie de droite exclusivement à l'oeil droit et celle de
gauche à l'oeil gauche et si on dispose la ligne des deux points de vue parallèlement à la
ligne des nadirs, les rayons homologues des deux faisceaux se rencontrent deux à deux dans
l'espace. Tout se passe géométriquement pour l'observateur comme s'il était en présence
d'un solide fictif unique. Sa vision binoculaire, du fait de l'absence de toute parallaxe trans-
versale peut s'exercer comme en présence d'un objet réel ; lorsqu'elle est assurée, on
dit que l'observateur "fusionne correctement les deux images.
La principale différence tient à ce que, dans la vision binoculaire artificielle, l'ac-
commodation reste constante ; aucune variation d'accommodation n'accompagne la variation
de convergence des lignes de fixation,
En outre, si on part d'un montage géométriquement parfait, on peut donner à l'une
des photographies deux translations (dans un sens parallèle ou un sens perpendiculaire à la
ligne des yeux) et une rotation dans son plan. Lorsque ces déplacements restent entre cer-
taines limites, les yeux de l'observateur s'efforcent de les compenser par des rotations
appropriées des globes oculaires dans leurs orbites, de facon à maintenir le fusionnement
et la vision du relief. Ces efforts anormaux provoquent une géne plus ou moins grande et
de la fatigue ; à la limite, il y a décrochage et duplication des images (2). Les tolérances
physiologiques correspondantes varient selon les observateurs. Elles sont couramment de
6° à 7° pour la convergence, de 2° à 3° pour la divergence (qu'on ne rencontre pas en vision
naturelle) ; elles sont aussi très faibles pour le site (tolérance en hauteur) et pour le dévers
(tolérance en rotation des images) qu'on ne trouve pas davantage en vision naturelle et qui
atteignent % degré pour la première, 3° pour la seconde. Nous avons étudié en vision natu-
relle les deux dernières tolérances ; pour celle en " hauteur " nous placions devant l'un des
yeux un " diasporamètre "" convenablement orienté, permettant de faire varier la déviation
de facon continue ; pour celle en " rotation des images " nous avons interposé entre un oeil
et le paysage deux " prismes de Wollaston " mis bout à bout ; leurs faces réfléchissantes
(1) Les photogrammetres n'observent pas exactement dans les mémes conditions ; beaucoup
de leurs appareils s'accommodent de clichés ne satisfaisant que grossièrement à la dé-
finition des couples normaux.
(2) La duplication des images n'est précisement alors sensible qu'aux observateurs aptes
à la vision stéréoscopique; la sensation qu'ils éprouvent est celle qu'ils ont en vision
naturelle lorsqu'ils font dévier une de leurs lignes de fixation par la pression latérale
d'un doigt sur l'un des globes oculaires.