LA PEINTURE ITALIENNE AVANT GIOTTO
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compartiments de peintures racontent la vie et les miracles de saint
François.
On ne peut guère douter que les trois séries de tableaux qui ornent
les murs du chœur et des transepts soient d'un seul et même peintre, qui
est 1 auteur de la grande Madone de l’Académie de Florence. Malgré l’état
de délabrement affreux de ces peintures si intéressantes, dont les couleurs
ont été rongées par l’humidité, au point qu'il ne subsiste plus que la pré
paration toute noircie et comme l’ombre des figures, on y retrouve le
dessin de Gimabué, la structure caractéristique des visages aux fronts
bombés, les types indiscutables des Prophètes à mi-corps de son retable.
La forte éducation byzantine pénètre encore toutes ces compositions, si
bien que l'on se croirait dans quelque chapelle du Mont Athos, devant le
Dernier Entretien des Apôtres avec la Vierge, la Mort, l’Assomption,
enfin la Glorification de la Reine du ciel. Les cinq histoires des miracles
et de la mort de saint Pierre et de saint Paul sont des plus curieuses
pour l'étude des monuments antiques de Rome; il faut citer tout parti
culièrement le Crucifiement de saint Pierre, où la pyramide de Ces
tius fait pendant au phare de Néron, décor que copiera fidèlement
Giotto. Quant aux cinq scènes de l’Apocalypse, ce qu’on en distingue au
travers de la ruine s’impose fortement à l’imagination : la Vision des vingt-
quatre Vieillards, les quatre anges debout devant la muraille crénelée de
la Ville que domine une montagne abrupte, l'Assemblée des élus, puis
l'Écroulement de Rabylone, et l’apparition de Patmos, étroit écueil au
milieu des flots agités, où le vieil Apôtre effrayé se serre contre l’ange qui
d’un grand geste lui montre l’abîme; enfin, bien haut vers la voûte, la
lutte de l’énorme dragon squameux contre l’archange saint Michel (tout
ce transept de gauche est dédié à l’Archange), voilà les diverses parties
d’un drame chrétien assez émouvant, mais qui se joue encore, on le sent,
en langue grecque. Cimabué n’a pas renouvelé la tradition byzantine; il
s’est contenté de l’exprimer avec puissance.
Cependant les deux fresques, de dimensions doubles, qui représen
tent le Crucifiement au-dessus des autels latéraux, introduisent dans l’ico-
nographie chrétienne une expression passionnée et sauvage que 1 on n’y
avait pas encore vu porter à ce point. La plus belle et la moins complè
tement ruinée, celle de gauche, est l’œuvre de Cimabué. Autour du Christ
colossal, dont le corps s’infléchit péniblement, tout un vol d’anges tourbil
lonne dans les airs, avec les gestes du désespoir le plus intense; trois
d’entre eux recueillent dans des coupes le sang qui découle des plaies du
Sauveur. Debout devant la Croix, Madeleine lève les mains ardemment
vers son Maître, tandis qu’à ses pieds saint François (de taille beaucoup
plus petite) se prosterne contre le tertre ensanglanté. Saint Jean tient
douloureusement la main de la Vierge, que suivent les Saintes Femmes;