DE LA VISION.
339
se trouve être impressionnable entre les mêmes limites de réfrangibilité
que la rétine. Si cette substance donnait un courant électrique dont
l’intensité fût proportionnelle à celle des rayons actifs, comme le cou
rant électrique est produit dans les différentes parties du spectre, on
aurait ainsi un moyen de comparer entre eux les effets produits par les
rayons différemment colorés.
M. Chevreul (I), dans ses recherches sur la comparaison des cou
leurs, a reconnu que le mélange d’une certaine quantité de lumière
blanche avec une couleur du spectre peut changer la teinte de celle-ci.
Ainsi le milieu de l’espace G H du spectre solaire qui aune lumière
diffuse faible correspondait au 3 e bleu violet de la gamme chromatique
dont il va être question ci-après, passait au 4° bleu violet quand on
éclairait cet espace avec une lumière diffuse plus intense.
D’un autre côté, il a reconnu également que si l’on fait varier l’in
tensité d’un faisceau lumineux provenant soit d’une certaine partie
du spectre solaire, soit de rayons qui ont traversé des écrans de verre
coloré, la nuance obtenue change selon l’intensité du faisceau ; ainsi
en général les lumières violettes prennent du rouge en se dilatant, et
au contraire tournent un peu au bleu en se condensant; la lumière
bleue prend du jaune en se dilatant. Une manière très-simple de cons
tater ce changement de nuance consiste à introduire un faisceau lumi
neux dans une chambre noire, à lui faire traverser un écran en verre
coloré, puis une lentille, et à recevoir la moitié de l’image de l’ou
verture sur un écran blanc placé à quelque distance du foyer et l’autre
moitié àuneautre distance ; on évalue aisément de celte manière les rap
ports des intensités lumineuses d’une même étendue de chaque image.
M. Helmholtz (2) en comparant les intensités des couleurs du spectre
d’après différentes méthodes en a conclu que l’intensité de la sensa
tion est une fonction de l’intensité lumineuse qui diffère suivant l’es
pèce de lumière. Ainsi, lors de la combinaison des couleurs, il a trouvé
que l’intensité apparente du violet qui donne du blanc avec le jaune
vert est ^ de ce jaune pour un éclairage intense, tandis qu’elle n’est
que le \ pour un éclairage plus faible.
Il semble résulter de l’ensemble des faits observés que lorsque la
rétine perçoit une impression colorée, en même temps elle reçoit
une impression qui correspond à une certaine quantité de lumière
(1) Moyen dénommer et de définir les couleurs. Mèm.deV Acad. des sciences, t. 33, p. 77.
(2) Optique physiologique, p. 422.