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ELLING HOLST: INTRODUCTION HISTORIQUE
Copenhague n’était pas cette fois le but de son voyage, et n’avait d’ailleurs
plus pour lui le même attrait qu’autrefois, car son ami Degen venait de mourir. La
nouvelle en était parvenue à Kristiania peu avant son départ. Il apprit seulement
à son arrivée à Copenhague qu’un paquet de catalogues de la bibliothèque du
défunt lui avait été adressé pour être distribués, et c’est le sujet de sa lettre à
Holmboe (lettre III).
A Copenhague, Abel se sépara pour peu de temps de ses compagnons, qui
continuèrent le voyage vers le sud, tandis qu’il fit une visite de quelques jours à
la famille de Hansteen à Soro. Madame Hansteen et ses sœurs étaient pour Abel
une manifestation de quelque chose de plus délicat et plus noble que la vie jour
nalière qui l’entourait. On le voit un peu dans sa lettre de Berlin, vers la fin de
son voyage (lettre XXVII) lorsque, à la pensée qu’il va bientôt revoir cette famille,
il s’écrie: „Je suis tout joyeux du plaisir de les revoir [Madame Frederichsen et
Charité] quand j’arriverai à Copenhague, ce qui ne tardera sans doute pas extrême
ment J’ai toujours vécu à Copenhague la vie la plus agréable.“
Ce bref séjour à Copenhague fut cependant de la plus grande importance pour
Abel, en ceci que le prof. v. Schmidten lui donna une lettre de recommandation
pour l’homme dont le nom est par la suite attaché le plus étroitement à celui
d’ABEL, le conseiller privé A. L. Crelle. La recommandation à celui-ci et à un
autre mathématicien de Berlin, Dirksen, a certainement modifié le plan de voyage
primitif d’ABEL et, par voie de conséquence, l’a complètement transformé sous un
rapport. Le but du voyage était, comme nous nous le rappelons, d’après sa demande
de bourse, Gôttingen (c. à d. Gauss) et Paris. Jusqu’à quel point l’idée que
se fit Abel, comme il apparaîtra bientôt dans ses lettres, de la personne de Gauss
et particulièrement de son inaccessibilité, — ce qui semble être devenu chez lui de
plus en plus une idée fixe, à tel point que malgré le projet de voyage approuvé, et
par suite adopté par le conseil académique, il n’est jamais allé à Gôttingen, —
s’était déjà formée à Kristiania, sans doute sous l’influence de quelques réflexions
incidentes du prof. Hansteen, peut-être corroborées à Copenhague, nous ne le
savons pas au juste. Berlin, du moins, n’était pas tout d’abord, autant qu’il le
devint, un des buts de son voyage. Mais Crelle, dont il avait déjà lu un ouvrage
à Kristiania, a évidemment exercé sur lui tout de suite une attraction sympathique,
par la description qui lui fut faite à Copenhague de sa personne et de la vivacité
de sa passion pour les mathématiques. Peut-être aussi la raison la plus effective