LETTRES ET PIÈCES DIVERSES.
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DE SALUCES A LAGRANGE.
Turin, ce septembre 1796 (!).
Monsieur et très cher ami,
Voici trente ans que nous sommes séparés, et en voici au moins une
dizaine que je n’ai plus reçu de vos chères nouvelles, du moins directe
ment : après avoir perdu une grande partie de mes amis, dont quel
ques-uns étaient aussi les vôtres, les circonstances paraissent avoir
con juré contre moi, en m’ôtant tous les moyens de cultiver votre pré
cieuse amitié.
Je dois regarder comme le plus grand des bonheurs celui que me
procure aujourd’hui la destination, auprès de la République française,
de M. le comte Balbo, mon parent ( 2 ), et auquel je suis lié par les sen
timents de l’estime la mieux méritée; cela me fournit un nouveau
moyen de me rappeler à votre souvenir et de m’entretenir quelquefois
avec vous, dans le désir constant de pouvoir vous convaincre de Ja sin
cérité inaltérable du plus tendre dévouement.
Permettez que je vous recommande ce cher et respectable neveu;
il a eu le bonheur d’être élève d’un grand ministre, M. le comte
Bogin ( 3 ), qui en soigna l’éducation, et qui lui fournit tous les moyens
de développer ses talents et les ressources d’un esprit précoce sous la
direction des célèbres Beccaria, Bon et Dénina. Ce jeune élève a si bien
répondu à l’attente de cet illustre confident du grand Charles-Emma
nuel, qu’il eut la consolation de lui voir accorder la considération la
plus distinguée par ses compatriotes les plus éclairés. L’Académie,
après l’avoir admis parmi ses membres, créa une nouvelle place pour
lui entre ses officiers, en le nommant sous-secrétaire adjoint.
(*) Mss. in-4 0 , t. V, f° 197. Voir sur Saluées, t. XIII, p. 8(3. Note.
( 2 ) Le comte de Balbo fut présenté au Directoire comme ambassadeur du roi de Sar
daigne le 10 frimaire an V. — Voir le Moniteur à la date du i3 frimaire.
( 3 ) J.-B. Bogin, né à Turin en 1701, mort en 1784. Il fut grand chancelier de Victor-
Emmanuel, puis ministre de Charles-Emmanuel.